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Interview

« Une femme sur trois meurt d’une maladie cardio-vasculaire »

Cardiologue et médecin vasculaire, le Pr Claire Mounier-Vehier est cheffe d’unité de médecine vasculaire et hypertension artérielle au CHU de Lille et cofondatrice du fonds de dotation Agir pour le Cœur des femmes

En France, l’infarctus avec l’AVC (Accident vasculaire cérébral) sont la première cause de mortalité des femmes. Pourquoi ?

Nombreuses sont encore les femmes et les hommes d’ailleurs à penser que la première cause de mortalité des femmes est le cancer du sein. Or, une femme sur trois meurt de maladie cardio-vasculaire (infarctus ou AVC), soit sept fois plus que du cancer du sein. La faute au manque de dépistage, à la méconnaissance des signaux d’alerte, à une prise en charge trop tardive… Et pourtant dans 8 cas sur 10, l’accident est évitable par un dépistage et une hygiène de vie adaptés !

Les femmes n’auraient pas les mêmes symptômes que les hommes en matière d’infarctus ?

En raison d’artères plus petites, une femme sur deux n’a pas les mêmes symptômes classiques de l’infarctus : douleur en étau dans la poitrine, irradiant dans la mâchoire et dans le bras gauche. Elles ont plus souvent des signes digestifs, une fatigabilité à l’effort, ou ont très mal entre les omoplates. En cas de crise, elles ne pensent pas au cœur et tardent à appeler le SAMU. Elles sont de fait, prises en charge 3h après le début des symptômes. C’est donc souvent trop tard pour revasculariser l’artère coupable dans les temps et éviter des séquelles irréversibles au niveau du muscle cardiaque !

Pourtant, en secourisme la prise en charge d’une victime présentant un malaise cardiaque ou un AVC ne fait nullement mention de ces spécificités. Envisagez-vous d’agir à ce niveau-là ?

Face à l’urgence absolue il n’y a pas de différences, il faut agir. En revanche, pour les différences de symptômes qui existent entre les deux sexes nous allons agir et communiquer sur l’arrêt cardiaque de la femme.

A quels moments de la vie sont-elles plus exposées aux risques
cardio-vasculaires ?

Il y a trois phases clés de dépistage des maladies cardio-vasculaires. Le moment de la première contraception ou son renouvellement chez les jeunes filles, où il faut vérifier les antécédents familiaux, la tension artérielle, établir un bilan biologique, etc. La grossesse est un second moment. Le placenta doit faire l’objet de toutes les attentions car s’il se développe mal, il peut provoquer une hypertension artérielle et des complications cardio-vasculaires parfois gravissimes chez la maman. Enfin, la période de la ménopause ou périménopause (après 45 ans). Les femmes ont alors tendance à prendre du poids, développer un diabète, une hypertension artérielle ou avoir un excès de cholestérol, autant de facteurs qui favorisent les maladies cardio-vasculaires.

Concernant la rééducation à la suite d’une maladie cardio-vasculaire, comment réagissent les femmes ?

Les femmes ont d’abord le cœur sur la main. Elles ne s’occupent d’elles qu’en deuxième intention et mettent leur santé de côté. Leur survie un an après l’accident cardiaque est moins bonne car elles sont deux fois plus nombreuses à zapper la rééducation, faute de temps entre leur vie de famille et leur vie professionnelle.

Quelles-sont les actions que vous menez au sein du parcours de soins « cœur-artères-femmes » que vous avez initié en 2013 au CHU de Lille ?

On y propose un bilan pluridisciplinaire des facteurs de risque et l’intégration du statut hormonal ; sans oublier l’éducation thérapeutique à une meilleure hygiène de vie, la clé de la prévention. Je milite pour que les femmes soient actrices de leur santé.

La cause de la santé des femmes étant une urgence médico-sociétale, nous avons décidé de fonder en février 2020 avec Thierry Drilhon, dirigeant et administrateur d’entreprises, un fonds de dotation Agir pour le Cœur des Femmes . Celui-ci mobilise l’ensemble des acteurs de la santé, les dirigeants d’entreprises et les acteurs de la vie civile sur l’importance de la médecine préventive, tout particulièrement pour les maladies cardio-vasculaires chez les femmes. Son ambition est de sauver la vie de 10 000 femmes à 5 ans en mobilisant autour de trois axes majeurs : alerter, autour de cette urgence sociétale et médicale ; anticiper avec une prévention active et offensive et agir au travers de parcours de santé associant l’ensemble des professionnels de santé et les patients dans un écosystème de bienveillance et de vigilance.